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  • Astrid

Interview d’Anthony Boudet, indépendant dans le conseil en RSE

Anthony Boudet s’est lancé dans l’entrepreneuriat à 36 ans, après une carrière dans le consulting en tant que salarié. Aujourd’hui à son compte, il conseille des entreprises souhaitant initier leur démarche RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises) avec un focus particulier sur le pilier environnemental. Comment en est-il arrivé là ? Rencontre avec cet indépendant qui a décidé de défendre ses convictions et de les partager au plus grand nombre au travers de son activité et de son engagement associatif.



Anthony, peux-tu nous en dire plus sur ton parcours ?


J'ai grandi dans la Manche, près du Mont Saint-Michel. Après avoir obtenu mon bac ES, j’ai fait un IUT GEA, option finance et comptabilité. Puis j’ai poursuivi avec une école de commerce à Brest, spécialité commerce international.


En 2007, diplôme en poche, j’ai commencé à chercher du travail. Un jour, on m’a proposé un stage en Angleterre pour faire du marketing dans une agence d’événementiel sportif. Certes ce n’était pas un CDI, mais j’y ai vu une belle opportunité et j’avais l’envie de voyager à l’étranger. Je n’avais pas grand chose à perdre en acceptant, alors j’ai dit oui.


Mes 6 mois de stage se sont transformés en contrat à temps plein. Au total, je suis resté 2 ans et demi dans cette entreprise de six salariés. Là-bas, j’ai participé à toutes les actions et à la majeure partie des prises de décisions. Je pouvais voir tout ce qu’il se passait, comprendre mon impact sur les affaires… C’était très enrichissant et ça a notamment été, je pense, l’un des moteurs qui m’a donné l’envie d’entreprendre.


Et après ? Tu t’es lancé ?


Non, pas tout de suite. Pourtant, je fais partie de cette génération qui rêvait de se réveiller un matin avec une idée magique d’application pour se lancer et espérer la revendre à un géant de la tech. L’idée d’entreprendre était déjà là, mais ce n’était pas la bonne approche !


"L’idée d’entreprendre était déjà là, mais ce n’était pas la bonne approche !"

Après avoir quitté cette agence, j’ai d’abord travaillé comme barman en Angleterre, puis j’ai intégré une société de e-commerce. Là-bas, j’ai continué à approfondir ma connaissance du marketing avec l’affiliation, la gestion de newsletters, le web analytics… L’envie de rentrer en France s’est fait sentir et, avant de rentrer, , je suis parti backpacker en Australie. Douze mois plus tard, me voici de retour en France. Je décide de poser mes valises à Bordeaux. C’était fin 2011.


De retour en France, tu fais quoi ?


Très vite, je me mets en quête d’un nouveau poste dans le marketing. Je décroche un job dans un groupe mais je dois me rendre à l’évidence : ce n’est pas fait pour moi. Le travail est très opérationnel et ne me convient pas du tout car il y a très peu de prises de décision à mon niveau. Quinze jours après, je démissionne.


En mars 2012, je commence un poste en tant que Chef de projet e-mail marketing pour une plateforme de Marketing Automation Omnicanal. L’expérience dure 6 mois et je décroche une opportunité dans le consulting en tant que salarié pour une entreprise concurrente, Dolist. C’est là que je me suis passionné pour le métier de consultant et j’ai grandi progressivement jusqu’à devenir, en 2017, directeur conseil avec 9 collaborateurs à manager.


En 2018, je suis un peu en surrégime. Je décide d’aller faire un stage d’apprentissage de surf au Portugal pour découvrir ce sport et changer d’horizon. J’y apprends à déconnecter du quotidien et commence à me sensibiliser davantage aux problématiques environnementales, notamment du fait de la pollution que je constate sur les plages… C’est en rentrant à Bordeaux que je décide de m’investir en tant que bénévole pour Surfrider Foundation Europe, une association engagée pour la protection des océans.


Fin 2019, je m’éclate toujours chez Dolist, mais au fond, l’envie de concilier marketing et environnement commence à me trotter dans la tête. Comme bénévole, je sensibilise le grand public et je sens qu’il y a quelque chose à faire avec les entreprises. Seulement... j’ai conscience que cela serait difficile à concilier avec mon poste et je ne suis pas encore certain qu’il y a un réel besoin.


En plus, je me sens bien chez Dolist, avec son fonctionnement très familial et ses 70 salariés. Aussi, je m’imagine mal travailler seul, j’ai peur de me sentir isolé… même si l’envie au fond est bien là. Mais en suis-je capable ?


Puis, arrive 2020 et la pandémie.


Quel a été l’impact du Covid-19 dans ton parcours pro ?


En fait, avec l’arrivée de cette pandémie, pour beaucoup, dont je fais partie, il a fallu apprendre à s’adapter, à travailler de chez soi. Pour moi, ça a été un vrai révélateur car finalement, je réussissais à m’en sortir ! Les inquiétudes que j’avais jusque là commençaient à voler en éclat.


Le confinement et le ralentissement de l’activité m’ont permis de faire mûrir mon projet. Je décide d’annoncer mon départ de la société pour la fin de l’année 2020 et me lancer à mon compte. Ce fut difficile de devoir me séparer de mon équipe mais tout était aligné pour que, à 36 ans, je me lance dans l’aventure entrepreneuriale !


“Mon engagement associatif et la pandémie ont été des déclencheurs pour me lancer."

Parle-nous du lancement de ta nouvelle activité en tant qu’indépendant.


En janvier 2021, j’ai donc décidé de créer Green-marketing.fr, une structure de conseil aux entreprises souhaitant structurer leur transition écologique et partager cet engagement avec leur communauté.


C’est en fait la parfaite combinaison de mes années de consulting et de mon implication personnelle pour l’environnement. En réalité, mon métier n’a pas vraiment changé. J’ai simplement décidé d’aller sur un autre terrain de jeu et d’être le seul maître à bord... pour le moment !


J’ai choisi une structure SASU (Société par Actions Simplifiée Unipersonnelle) car c’est ce qui était le plus intéressant la première année. Lors de la création de la structure, je me suis beaucoup renseigné sur le web, via mon réseau personnel et via l’APEC qui est une véritable mine d’or d’informations à côté de laquelle il ne faut pas passer.


As-tu rencontré des difficultés au début ?


La plus grosse difficulté que j’ai rencontrée est la remise en question permanente personnelle aux prémices du projet. Un jour sur trois je me demandais si j’avais pris la bonne décision. Je doutais beaucoup. Mon projet n’était pas encore exposé, je n’avais pas de retours dessus... Je me suis posé énormément de questions, notamment sur le fait que ça puisse répondre aux attentes des entreprises.


"Un jour sur trois, je me demandais si j'avais pris la bonne décision."


Comment as-tu surmonté ces doutes ?


Je me suis créé une routine. C’est-à-dire que j’ai pris l’habitude de planifier toute ma semaine du lundi au vendredi intégralement. Cela me permet de me motiver, de m’aider à tenir des délais, à garder la tête hors de l’eau. Sans ça, on peut vite perdre le fil, surtout au début, et se retrouver à faire 2 heures de veille sur le net sans réel bénéfice ou application concrète derrière. Structurer mes semaines m’a vraiment aidé.


Et puis, j’ai aussi pris le soin de confronter mes idées auprès de personnes de confiance dans mon réseau. Ça m’a permis de rompre l’isolement et de pouvoir avoir des retours constructifs et bienveillants qui m’ont fait avancer. C’est très important avant de se lancer tête baissée en prospection. Encore aujourd’hui, je continue cet exercice de confrontation. Régulièrement, je pitche mon projet autour de moi pour affiner mon offre de services. Je présente le projet puis je demande à la personne en face de moi de me résumer ce que j’ai dit en 1 minute. C’est souvent très révélateur.


Y a-t-il des choses qui t’ont surpris depuis que tu es entrepreneur ?


Comme je te le disais, j’avais le sentiment qu’en me lançant en tant qu’indépendant je serais un peu isolé. Mais en fait, c’est loin d’être le cas et c’est tant mieux ! Je me rends compte que je ne suis jamais seul car j’ai beaucoup d’échanges au quotidien avec des personnes d’horizons très variés : prospects, entrepreneurs, écoles...


"Même en tant qu'indépendant, on est loin d'être isolé et c'est tant mieux !"

Et puis, je me suis aussi rendu compte que faire de la prospection “froide”, n’est pas une fin en soi. Il y a d’autres méthodes alternatives pour convaincre de potentiels clients comme en créant du contenu sur le web, en postant sur les réseaux sociaux… Cela crée des connexions, des échanges et petit à petit, ça porte ses fruits.


Pour toi, quels sont les avantages et inconvénients à être indépendant ?


Côté avantages, je dirais que j’ai un bien meilleur rapport temps consacré / efficacité. Aujourd’hui, dès que je fais quelque chose, il en ressort une production concrète. Ce qui est parfois moins le cas quand on est salarié manager.


J’apprécie aussi beaucoup la liberté d’expression que le statut d’indépendant me donne. Je n’ai jamais été muselé dans mes postes précédents, mais là c’est encore différent. Je suis vraiment libre de tout dire, de décider de tout, de A à Z, d’écrire ce que je veux, avec la tonalité qui me convient. C’est très appréciable et enrichissant.


"J’apprécie beaucoup la liberté d’expression que le statut d’indépendant me donne."

Côté inconvénients, ce qui me manque un peu est la transmission, le partage avec des personnes d’une même équipe. J’aime me sentir utile, aider les autres à avancer. Avec des collègues, on peut être dans un rapport fraternel, se nourrir les uns les autres. C’est très différent de la relation pécuniaire qu’on peut avoir avec un client. La reconnaissance n’est pas la même. Pour pallier ce manque, j’aimerais à terme consacrer un quart de mon temps à des cours en école pour transmettre des connaissances sur le marketing et plus particulièrement le green marketing. J’ai déjà commencé et je compte développer ce pan de mon activité.


As-tu des conseils à donner à des personnes qui aimeraient se lancer en solo ?


Avant tout, je recommanderais à un futur entrepreneur de trouver “son pourquoi”. Simon Sinek, à l’origine de cette méthode, m’a beaucoup inspiré. Pour rire, certains de mes anciens collègues m’appellaient d’ailleurs “le fils spirituel de Sinek” ! Sérieusement, pour moi, ça a été un cheminement essentiel qui m’a permis de me lancer et d’être là où je suis aujourd’hui. En me lançant à mon compte j’ai certes réduit mon style de vie, mais en contrepartie je suis parfaitement aligné avec mes valeurs, je maîtrise mon équilibre pro/perso. Tout cela, ça n’a pas de prix. Et, si en plus je peux avoir un impact, ne serait-ce que minime pour la préservation de l’environnement, j’aurais tout gagné.


Enfin, dernier conseil, n’ayez pas peur de vous engager bénévolement. Toute aide est toujours la bienvenue, quelle qu'elle soit. Ça fait un bien fou de sortir de relations commerciales, de “donner sans attendre en retour”... comme dirait un chanteur connu !



Merci à Anthony d'avoir répondu à mes questions. Vous pouvez le retrouver sur son site web Green Marketing et sur LinkedIn où il est très actif.


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